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Mon enfant est-il dyslexique ?

 


 

Quand un enfant a des difficultés à apprendre à lire, quand il lui est difficile de recopier les mots sans faute d'orthographe ou encore lorsqu'il a des difficultés à mémoriser l'orthographe des mots, lorsqu'il inverse les lettres, il est courant que des professionnels établissent un diagnostic de dyslexie, diagnostic qui est souvent associé à celui de dysorthographie.

Bien souvent les parents s'interrogent devant ce diagnostic. Que signifie-t-il ?

Ouvrons d'abord nos dictionnaires. Dyslexie est un mot d'origine grecque. Le préfixe "dys" vient du grec "dus" qui signifie "mauvais", "lexie" vient du grec "lexis" qui signifie "mot". Le Larousse donne la définition suivante : "Difficulté d'apprentissage plus ou poins importante de la lecture, sans déficit sensoriel ni intellectuel".

Quels sont les professionnels qui donnent ce diagnostic ?

Bien souvent, ce sont les orthophonistes qui, suite à un bilan, établissent ce diagnostic. Ce diagnostic peut être aussi établi dans certains centres de consultations spécialisées pour les troubles du développement de l'enfant.

Il faut savoir que les inversions de lettres, les confusions de sons, les écritures en miroir s'observent très fréquemment dans les tout premiers temps de l'apprentissage en grande section maternelle et même en cours préparatoire. Elles deviennent de plus en plus rares et disparaissent spontanément au fur et à mesure de l'apprentissage, tandis que pour un enfant diagnostiqué dyslexique, ces troubles persistent et gênent l'apprentissage.

L'enfant signalé comme étant dyslexique, est un enfant d'intelligence normale, et qui pourtant, a des difficultés dans l'apprentissage de la langue écrite.

Pour mieux aider l'enfant dyslexique, on comprend que chacuns, parents et professionnels, soient à la recherche des causes de cette dyslexie.

Les causes de la dyslexie :

On touche ici à la pomme de discorde des différents courants de la psychologie.

Présentons ces différents courants qui tentent de donner des modèles explicatifs de la dyslexie.

La cause organique :

La thèse de la lésion organique a été très en vogue dans les années 70. Mais les preuves de lésion anatomique n'ont toujours pas été apportées. Aujourd'hui, la thèse organique se dirige vers la recherche du "gène de la dyslexie". Il existerait une susceptibilité sur certains chromosomes qui serait en cause dans la dyslexie. Cette découverte reste à confirmer. Même s'il existe des familles de dyslexique, cela ne prouve en rien l'existence d'une hérédité. Les processus d'identification, conscients ou inconscients, les effets de l'environnement familial ou social peuvent être à l'oeuvre dans cette reproduction générationnelle.

La thèse du handicap socioculturel :

La quasi totalité des études montre que la proportion de mauvais lecteur augmente lorsque le niveau social s'abaisse. Certains se sont attachés à rechercher une cause éducative : un climat trop autoritaire où l'enfant n'est pas encouragé à l'autonomie intellectuelle freinerait l'acquisition de la lecture. Certains familles, désireuses que leur enfant réussisse, sont trop exigeantes et l'enfant ne réussit pas en raison d'une trop grande pression familiale. La crainte de décevoir le fait échouer. Ce désir de réussite excessif peut se rencontrer bien évidemment dans toutes les classes sociales mais il est certainement encore plus aigu chez les parents ayant un faible niveau d'études et qui reportent sur leur enfant les ambitions qu'ils n'ont pu réaliser eux-mêmes.

L'environnement familial peut être plus ou moins propice à l'apprentissage de la lecture. Si les parents prennent plaisir à lire, si l'enfant les voit souvent en train de lire ou d'écrire, si l'écrit a une grande importance dans la vie familiale, on peut penser que l'enfant sera très désireux d'apprendre lui-même à lire.

Ce handicap socioculturel, ces attitudes éducatives, ont certainement un rôle important mais pas obligatoirement déterminant. Certains enfants de milieux modestes n'ont pas de difficultés. Dans un même fratrie, certains enfants vont être en difficulté, d'autres n'en auront pas.

La thèse cognitiviste :

Pour les chercheurs en psychologie qui ont une approche cognitive, l'enfant dyslexique est en difficulté parce qu'il ne peut traiter les signaux auditifs et visuels sur lesquels, les apprentis lecteurs s'appuient d'ordinaire pour apprendre à lire. L'enfant a du mal à faire aisément un lien entre le son entendu et l'écriture correspondante. C'est la liaison phonie/graphie qui est à travailler. Il existerait une faiblesse dans le traitement de l'information soit visuelle soit auditive en l'absence de toute lésion cérébrale.

La thèse des socio-cognitivistes :

D'autres chercheurs, les socio-cognitivistes ont une approche plus sociale de l'apprentissage. En observant les adultes ou d'autres enfants en train de lire, les jeunes enfants ont conçu des idées fausses sur la lecture et l'écriture. Chez certains enfants, ces idées fausses persistent et gênent l'apprentissage de la lecture.

Citons ces principales idées fausses :

- Lire, c'est avoir une attitude de lecteur : fixer les yeux sur la page, suivre la ligne du doigt.

- Lire, c'est deviner l'histoire qui est écrite.

- Lire, c'est apprendre par coeur.

- Lire , c'est nommer les lettres.

- L'ordre des lettre a peu d'importance. Par exemple : "il" ou "li", c'est pareil.

La thèse psychanalytique :

Pour les psychanalystes, les difficultés d'apprentissage scolaire et plus particulièrement la dyslexie, sont le symptôme de troubles affectifs.

On voit certains enfants suite à un choc émotionnel (deuil, séparation ...), régresser en matière d'apprentissage de la lecture et se mettre à inverser les lettres, alors qu'avant cet événement dramatique, ils apprenaient facilement. Dolto rapporte un exemple de dyslexie collective lors de l'évacuation des jeunes parisiens, loin de la capitale, avec leurs institutrices. Au début de la seconde guerre mondiale, les autorités ont envoyé les enfants dans les villages à la campagne pour les mettre à l'abri du risque de bombardements sur Paris. Ces enfants, traumatisés par la séparation familiale, ont présenté des troubles des apprentissages. Cela met en évidence le rôle des facteurs affectif et psychosocial dans la capacité à apprendre.

Pour les psychanalystes, l'échec dans l'apprentissage de la lecture et de façon plus générale, la difficulté à entrer dans les apprentissages scolaires est à interpréter comme un avatar de la problématique oedipienne. La crainte de dépasser un des parents, ou un frère ou une soeur aîné, est en lien avec l'angoisse de castration. L'enfant qui ne veut pas grandir n'a aucune raison d'apprendre à lire.

A l'inverse, la réussite scolaire est à comprendre comme un effet du refoulement qui détourne la pulsion vers des fins socialement valorisées.

Apprendre à lire, c'est rentrer dans un code social. Les règles de lecture et d'écriture sont totalement arbitraires, elles n'ont de valeur que parce qu'elles sont reconnues par tous. Leur utilité est incontestable puisqu'elles permettent de nous comprendre, mais l'enfant qui a des difficultés à se soumettre à la loi, aura aussi des difficulté à admettre le bien fondé de ce code. On touche là aussi à un aspect de la problématique oedipienne.

Conclusion :

Comme très souvent en psychologie, nous sommes confrontés à une pluricausalité.

Il faut être attentif à ce que ce diagnostic ne réduise pas l'enfant à son trouble. Votre enfant, même dyslexique doit pouvoir apprendre à lire. Son rythme d'acquisition sera au départ un peu lent mais, pour autant, il rattrapera son retard si vous avez confiance dans ses possibilités. De toute façon, l'acquisition de l'orthographe et même la maîtrise du code écrit ne sont jamais terminées. Elles se prolongent bien au delà de la scolarité. Qui peut se vanter de ne jamais faire de fautes d'orthographe ? Au pire, si votre enfant même en grandissant était toujours en difficulté, il pourra très bien réussir dans des professions qui font moins appel à l'écrit que d'autres.

N'accusez pas la méthode pédagogique employée par l'enseignant de votre enfant. Vous jetteriez le discrédit sur l'enseignant et l'enfant ne lui ferait plus confiance. Comment votre enfant pourrait-il travailler à l'école si vous critiquez la personne qui est chargée de cet apprentissage ? D'autres enfants dans la classe apprennent sans difficulté avec cette méthode, alors le problème n'est certainement pas une question de méthode.

L'aide orthophonique peut être d'un grand secours si les difficultés se situent au niveau des processus d'apprentissages. Si la discrimination auditive et visuelle est défaillante.

Mais si les troubles sont plutôt d'ordre affectif, une thérapie qui permettra à l'enfant d'exprimer ce qu'il ressent, l'aidera davantage qu'une rééducation orthophonique. Dans ce cas, la difficulté en lecture n'est qu'un symptôme du mal-être. Lorsque l'enfant aura dépassé son problème affectif, le symptôme disparaîtra.

En tout état de cause, gardez vous bien de l'acharnement pédagogique qui éloignerait votre enfant de la lecture pour très longtemps. Diversifiez les entrées dans la lecture, privilégiez celles qui sont peu utilisées en classe en raison du trop grand nombre d'enfants.

Achetez avec lui des magazines de presse enfantine. C'est en fréquentant le code de l'écrit qu'il arrivera à le maîtriser de mieux en mieux. Beaucoup de jeunes régressent à l'âge adulte parce qu'ils ne lisent pas ou n'écrivent pas assez. On peut faire des progrès en lecture et en orthographe en utilisant Internet. ou un cédérom bien choisi. Fréquentez avec lui les bibliothèques de quartier. Leur département "Jeunesse" est souvent très attrayant.

Encouragez -le à constituer sa bibliothèque personnelle. Une partie de l'argent de poche peut être utilisé dans ce but. Ne pensez pas que les livres que vous avez gardés de votre enfance l'intéressent obligatoirement. Montrez -les lui comme on montre une photo souvenir. Votre enfant sera certainement très sensible à vos souvenirs d'enfance mais ce sont les vôtres il n'a pas forcément envie de se les approprier.

Faites du livre un objet personnel. Ainsi dans une fratrie, chacun doit savoir à qui appartient tel livre. Pour autant les échanges les prêts entre frères et soeurs ou entre camarades sont de nature à développer le goût pour la lecture. On peut prendre du plaisir en lisant un livre mais aussi en échangeant avec autrui pour connaître son point de vue.

Soyez à l'écoute de votre enfant, au plus près de ses centres d'intérêt. Cherchez des lectures en rapport avec ses thèmes préférés. Il se passionne pour les voitures, ne vous obstinez pas à lui faire lire des contes de fée sous prétexte que vous les adoriez quand vous aviez son âge.

Et surtout, ne pas oublier que la motivation du sujet est à la base de tout apprentissage réussi. L'enfant doit avoir le désir d'apprendre à lire et à écrire, il doit avoir envie de communiquer par la langue écrite. Tout ce qui sera fait pour faire naître en lui cet appétit vers les livres et vers l'écrit sera porteur de réussite.

 

Pour avoir d'autres éclairages sur ce trouble :

http://www.esculape.com/fmc/dyslexie.html

 


 

Sources :

BERT,C. "Dyslexie : ces enfants qui n'arrivent pas à lire", Sciences humaines, Octobre 1999, n°98

DOLTO,F. (1989), "L'échec scolaire", Ergo Press.


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